Petits États Insulaires en Développement (PEID)

PETITS ÉTATS INSULAIRES EN DÉVELOPPEMENT (PEID)

Les petits États insulaires en développement (PEID) se définissent comme un groupe de pays confrontés à des défis propres en matière de développement, liés à des facteurs tels qu’un relatif isolement ou éloignement, la petite taille du marché, des ressources et une base d’exportation limitées, la vulnérabilité aux menaces d’ordre environnemental et aux effets du changement climatique, ainsi que l’exposition à des catastrophes naturelles fréquentes et de grande ampleur. Les PEID se trouvent aux Caraïbes, dans le Pacifique et dans la région AIMS, composée des océans Atlantique et Indien, de la Méditerranée et de la Mer de Chine méridionale.
(La région dite AIMS est moins homogène que les deux autres et ne bénéficie pas du soutien d’une institution régionale spécifique).

Le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DAES) dénombre actuellement 51 petits États et territoires insulaires en développement dans le cadre du suivi du développement durable des PEID.
(On dénombre 38 PEID reconnus comme membres des Nations Unies et 13 pays non-membres ou membres associés des commissions régionales http://sustainabledevelopment.un.org/index.php?menu=1520).

Caractéristiques des systèmes statistiques nationaux des PEID

Les systèmes statistiques nationaux (SSN) des PEID varient considérablement d’une île à l’autre en termes de taille, de budget et de profil de l’office national de statistique (ONS). Les PEID abritent les plus petits ONS en termes d’effectifs. Dans le Pacifique, par exemple (Kiribati, Îles Mariannes du Nord, Îles Marshall, Nauru, Niue, Tuvalu et Palaos) et dans les Caraïbes (Montserrat et Anguilla), les ONS emploient 1 à 10 personnes. Quelques PEID comptent tout de même des ONS employant plus de 300 personnes (notamment la Jamaïque et Trinité-et-Tobago). En 2013, le budget annuel de l’ONS de la Jamaïque atteignait USD 6,7 millions contre USD 430 000 pour les Tonga et le Vanuatu. De nombreux ONS font partie de ministères plus vastes et ont peu d’autonomie. Une mission de coordination de l’ensemble du système statistique fait souvent défaut.

Les SSN des PEID sont soumis à des contraintes spécifiques liées à leur vulnérabilité, qui se reflètent généralement dans leur ONS. Sans surprise, la plupart des ONS vulnérables se trouvent dans les pays les plus petits et les moins riches. Il peut être utile de différencier les SSN des PEID. En considérant deux variables, à savoir une population inférieure à 120 000 et un RNB par habitant inférieur à USD 4 000, 31 pays et territoires peuvent être décrits comme en proie à des difficultés majeures dans le cadre de leur SSN, dont 24 en raison de leur petite taille (Samoa américaines, Anguilla, Antigua-et-Barbuda, Aruba, îles Vierges britanniques, Îles Cook, Dominique, États fédérés de Micronésie, Grenade, Kiribati, Îles Marshall, Montserrat, Nauru, Niue, Îles Mariannes du Nord, Palaos, Puerto Rico, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Seychelles, Tonga, Tuvalu et Îles Vierges des États-Unis). Neuf (9) pays sont mis en difficulté par leur faible RNB par habitant (Comores, EFM, Guinée-Bissau, Haïti, Kiribati, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Sao Tomé-et-Principe, Îles Salomon, Vanuatu), dont 7 classés parmi les pays les moins avancés (PMA) ou à revenu moyen inférieur.

L’exemple de l’ONS des Comores illustre le rôle joué par le RNB par habitant. Cet ONS compte un effectif de seulement 18 personnes, contre 30 aux Tonga, pour un RNB par habitant de USD 1 505 (USD 5 316 aux Tonga). La population des Comores est pourtant nettement supérieure à celle des Tonga (735 000 contre 103 300 en 2013). D’autres variables telles que l’engagement politique contribuent aussi à expliquer le fossé entre deux ONS. En tenant compte du critère relatif à un taux de population extrêmement bas, les Îles Marshall, Nauru et les Palaos se distinguent plus particulièrement, l’effectif de leur ONS comptant seulement 5 (Îles Marshall, Nauru) et 4 personnes (Palaos). Ces 12 pays (PMA et plus petits ONS en termes d’effectifs) sont donc théoriquement éligibles pour une action prioritaire au niveau de leur SSN.

Alors que de nombreux SSN partagent les mêmes difficultés et sont confrontés aux mêmes défis, les PEID présentent des différences beaucoup plus marquées:

  1. Ressources humaines
    • Absence générale de professionnels compétents et suffisamment expérimentés pour entreprendre des activités statistiques.. Cette situation réduit la capacité des PEID à effectuer des tâches spécialisées et augmente leur dépendance vis-à-vis d’une poignée d’employés qualifiés surchargés, ce qui retarde la mise à disposition de données importantes.
    • Nécessité d’assurer la formation et la mise à niveau des employés afin de renouveler la base de compétences dans la mesure où un nombre relativement limité de personnes doivent gérer divers types de fonctions statistiques (p. ex. calcul des indices de prix à la consommation, conception d’enquêtes par sondage et compilation de statistiques environnementales).
    • Forte dépendance de l’expertise technique extérieure (financée par des sources externes).
    • Taux de rotation élevé du personnel et part importante d’employés temporaires. Le bas niveau de rémunération est un problème pour l’emploi de professionnels compétents. Il explique en grande partie le taux de rotation élevé du personnel. Sur le terrain, la collecte des données est généralement confiée à des personnes dont c’est le premier emploi qui disposent de compétences ou d’une expérience limitées en statistiques.
     
  2. Caractéristiques géographiques et démographiques
    • Échantillons proportionnellement plus importants pour une population restreinte, requis pour que les enquêtes statistiques donnent des résultats pertinents, et coût unitaire d’acquisition des données plus élevé.
    • Territoire vaste et dispersé, mais caractérisé par une population relativement modeste ou inégalement répartie et clairsemée, donnant souvent lieu à des erreurs discrétionnaires majeures.
    • Manque d’anonymat des unités statistiques au sein de la population, requérant un traitement spécialisé des données agrégées et des échantillons à la disposition du public.
    • Problèmes de diversité de populations ou de sous-populations augmentant le coût de la mise en œuvre de normes homogènes et de systèmes de classification et de codage.
    • Dans les plus petits PEID, la lassitude des répondants conduit à un taux de non-réponses élevé dans les enquêtes.
     
  3. Technologies de l'information (TI)
    • Degré plus faible d’adaptation des logiciels compte tenu d’une diversité relativement plus restreinte des éléments de données.
    • Adoption simplifiée de systèmes de codage et de classification standardisés dans les différentes unités statistiques, à condition qu’il y ait un engagement en ce sens.
    • Faible réactivité des services informatiques centralisés aux besoins en termes de matériel et de logiciels dédiés à la statistique. Cette situation se traduit par des recommandations de logiciels non spécialisés.
    • Absence de confidentialité des données statistiques produites par
    d’autres agences gouvernementales.
    • Infrastructures de communication et d’information fragiles dans les PEID les moins avancés et les plus petits, allant de pair avec un taux de rotation du personnel élevé et des employés peu qualifiés. Les PEID manquent souvent de ressources pour mettre régulièrement à jour leur équipement, leurs systèmes et leurs logiciels. Les mises à niveau sont souvent réalisées quand une enquête est financée ou co-financée par des bailleurs de fonds.
     
  4. Assistance régionale en matière de statistique
    • Forte dépendance à l’égard des grands centres régionaux d’assistance technique et de soutien à la statistique, d’où des coûts de déplacement dans la région importants. Cela concerne plus particulièrement les îles du Pacifique et les pays des Caraïbes.
     
  5. Fragilité
    • Nécessité de prendre des dispositions de sauvegarde adéquates en prévision d’une défaillance des systèmes nationaux, d’une dégradation des conditions politiques et sécuritaires, d’une perte ou d’une indisponibilité des données et/ou d’un manque, d’un remplacement ou d’un transfert de personnel.
     
  6. Confidentialité
    • Nécessité d’une stricte conformité aux principes de confidentialité, compte tenu de la relative facilité avec laquelle les données d’une entité particulière peuvent être identifiées, y compris lorsque celles-ci sont agrégées suivant des règles précises pour en préserver l’anonymat.
    • Réticence des autres agences gouvernementales à fournir des données administratives publiques à l’office de statistique/leur ONS, d’où l’absence de signalement de certains événements critiques.
    • Règles de diffusion strictes inadéquates et/ou souvent absentes.
     
  7. Autres
    • Législation inappropriée, désuète ou inexistante en matière de statistique, donc manque de cadre pour un travail coordonné et homogène du SSN.
    • Manque de leadership fort au sein de l’ONS. Il en résultat une absence d’orientation claire sur la gestion du système national et, par ricochet, un manque de coordination et de cohérence du SSN.
    • Absence de conseils nationaux de la statistique ou d’instances similaires avec une large représentation, qui piloteraient le développement statistique.
    • Manque de culture statistique et méconnaissance des ONS.

 

Défis à relever par les systèmes statistiques des PEID

  • Les SSN des PEID n’ont pas assez de ressources pour couvrir les dépenses d’un système statistique standard. Le coût d’une enquête standard (p ex. enquête sur le revenu et les dépenses des ménages) est souvent inaccessible pour le budget des SSN des PEID les plus pauvres et les plus petits.
     
  • Les ONS ont besoin d’un personnel doté de compétences très pointues en statistique et en démographie, dont ne disposent pas les PEID actuellement. Une base de compétences restreinte prévaut dans les plus petites îles, une caractéristique accentuée par une émigration importante.
     
  • Les attentes internationales en matière de données sont souvent trop exigeantes pour les capacités statistiques des PEID. Le suivi des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) nécessitait de nombreux indicateurs souvent indisponibles dans les PEID. Cela s’explique par l’absence de données pertinentes sur le sujet. Avec l’adoption des Objectifs de développement durable, ces difficultés se feront sentir plus fortement encore. La série d’objectifs et d’indicateurs associés à suivre et à recenser est en effet encore plus exigeante.
     
  • De nombreux PEID n’ont pas adopté une gestion axée sur les résultats. Une prise de décisions fondées sur des données probantes et la formulation d’une politique claire en matière de développement ne sont pas des pratiques courantes. Traditionnellement, les décideurs fondent rarement leurs décisions sur des données. Il n’y a donc aucune volonté impérieuse au niveau national de produire des données pertinentes, fiables et à jour.
     
  • Ses faibles capacités statistiques et son déficit d’image nuisent au leadership de l’ONS et à sa fonction de coordinateur au sein du SSN. Cela se traduit par un manque de coordination et de cohérence des données au sein du système statistique. A noter aussi l’absence de mécanismes de partage de données entre les instances de collecte. Les données requises pour suivre et mesurer les dimensions environnementales de la vulnérabilité peuvent ainsi être difficiles à recueillir et à analyser. L’élaboration de statistiques sur les ressources naturelles, le changement climatique, la pollution, les catastrophes et les risques impliquent l’accès à des systèmes d’information de pointe et à des spécialistes.
     
  • Les utilisateurs jouent un rôle très limité dans les PEID. Côté utilisateurs, la demande de données reste faible dans les PEID. Une gouvernance faible favorise une utilisation limitée des données et n’appuie pas la promotion d’un système statistique fort.
     

Rôle des instances régionales dans le développement des systèmes statistiques des PEID

L’établissement et le renforcement des SSN des PEID requièrent une aide très importante et à long terme de la communauté internationale, plus particulièrement pour la constitution de ressources humaines et d’institutions, pour l’assistance technique sur les cadres, les méthodes, les normes et les outils utilisés, mais aussi, entre autres, pour investir dans des systèmes d’information et des équipements connexes. Le rôle des instances régionales est très important pour obtenir ce soutien au développement statistique des PEID.

Une approche régionale du développement statistique est non seulement la garantie de disposer de systèmes statistiques performants qui contribuent à des décisions d’envergure nationale et régionale tout en favorisant une coopération et une intégration renforcées dans la région. Elle favorise ainsi la croissance économique, le développement durable, une bonne gouvernance et une sécurité mutuelle.

Les instances régionales qui déploient des activités en matière de coopération statistique fournissent aux systèmes statistiques des PEID une aide précieuse, par exemple :

  • Augmentation des ressources humaines affectées aux statistiques dans les PEID. Les instances régionales disposent généralement d’un pool de professionnels et d’experts statisticiens, issus de leur propre organisation ou de différents ONS. Ce pool pourrait servir à combler provisoirement le manque de personnel dans un pays ou pour des activités spécifiques à court terme. Il permettrait de mobiliser des spécialistes de la statistique pour aider les pays dans le besoin. Il pourrait par ailleurs contribuer à l’identification et au développement de centres d’excellence dans la région, compétents dans différents domaines de la statistique et auxquels les pays pourraient avoir recours au besoin.
     
  • Fourniture d’une assistance technique et en matière de formation aux PEID. Les instances régionales pourraient organiser des sessions de formation communes pour un certain nombre de PEID, l’idée étant de réduire au minimum les coûts de formation. Des formations axées sur les besoins d’un pays précis peuvent aussi être mises en œuvre, notamment sur l’adoption de normes statistiques, l’utilisation de nouveaux logiciels et d’outils statistiques et la diffusion de données.
     
  • Soutien aux infrastructures technologiques (TIC). De nombreux PEID n’ont pas les ressources requises pour mettre à niveau les infrastructures technologiques (ordinateurs, bases de données, logiciels, etc.) si utiles pour soutenir le travail des statisticiens au sein du SSN. Les instances régionales apportent leur aide en identifiant et en fournissant l’équipement adapté pour le SSN. Dans certains cas, un centre de traitement régional des données est mis en place grâce à la mise en commun des moyens de différents pays. L’objectif est d’épauler le SSN pour le traitement, l’analyse et le stockage des données statistiques.

La Communauté du Pacifique, le Secrétariat de la Communauté et du Marché commun des Caraïbes (CARICOM) ou encore l’Organisation des États de l’est des Caraïbes disposent ainsi d’une entité et/ou d’un programme dédié(s) à la statistique. Ils s’impliquent activement dans le développement des statistiques régionales et fournissent une aide précieuse en la matière à leurs PEID.

Stratégies recommandées pour le développement statistique des PEID

Les statistiques sont considérées comme un mécanisme d’habilitation important pour atteindre les objectifs des PEID en matière de développement durable. Leur rôle est clairement stipulé dans le document intitulé
Modalités d’action accélérées des petits États insulaires en développement (Samoa), la Voie à suivre, produit de la 3e Conférence internationale sur les PEID : « ...la collecte de données et l’analyse des statistiques doivent être améliorées pour permettre aux PEID de planifier, d’évaluer et de suivre les progrès accomplis en ce qui concerne les objectifs de développement arrêtés au niveau international »..

Une augmentation de la demande de données est inévitable. Les systèmes statistiques des PEID devront trouver un équilibre entre les demandes nationales, régionales et internationales de données et de rapports. Des recommandations sont formulées pour accélérer et soutenir le développement statistique dans les PEID et, par là-même, le développement de ces pays.

Activités de plaidoyer et engagement politique.

La promotion de l’activité statistique comme mesure de soutien aux gouvernements et aux processus nationaux de développement doit être une priorité absolue dans les PEID. L’utilisation des statistiques en politique et pour la prise de décisions doit être un argument central des activités de plaidoyer. Cela favorisera un soutien de haut niveau et contribuera ainsi à augmenter la confiance dans les statistiques officielles dans les PEID. Les programmes de plaidoyer doivent cibler les plus hauts postes à responsabilité du gouvernement de façon à ce que la prise de conscience du rôle joué par les statistiques se traduise par une volonté politique de réforme et de financement du SSN. Pour établir et renforcer efficacement les SSN dans les PEID, il convient d’améliorer la maîtrise des statistiques, notamment dans le secteur privé, dans la société civile et les médias.

Les activités de plaidoyer en faveur de la statistique font partie intégrante du processus d’élaboration des SNDS. Dès les premières phases de ce processus, des activités de plaidoyer doivent être engagées auprès des hauts responsables de l’Etat, idéalement auprès du Premier Ministre et des grands ministères (planification et budget, p. ex.). A mi-parcours, ces activités doivent viser d’autres producteurs et utilisateurs de données publics et privés ainsi que des organisations non gouvernementales. Cela peut passer par des échanges et des consultations avec les utilisateurs et les producteurs. Plus tard, la diffusion de la SNDS et les activités de plaidoyer visant à soutenir sa mise en œuvre seront des étapes déterminantes.

Les activités régionales de plaidoyer et l’engagement politique sont également un facteur positif pour encourager les pays à élaborer leur propre SNDS, comme le montre l’exemple de la zone CARICOM. Le plan d’action pour la statistique validé par la Conférence des chefs de gouvernement des États membres de la CARICOM vient ainsi à l’appui de l’appel au soutien de l’élaboration de SNDS et de SRDS par les différents pays.

Réduction des coûts de la collecte, du traitement et de la diffusion des données.

Le coût lié à l’établissement d’un système statistique « standard » est en dehors des moyens de la plupart des PEID. Des efforts doivent être déployés pour réduire le coût des statistiques. Cet objectif peut être atteint de deux façons :

  • Utilisation de données administratives comme sources alternatives. Dans la majorité des PEID, les données administratives des ministères de tutelle comme celui la santé, de l’éducation et de l’agriculture, mais aussi les statistiques de l’état civil sont peu mises à profit pour la planification du développement et la formulation de politiques. Quand la qualité des données administratives est garantie, elles peuvent constituer une bonne source d’information alternative et se substituer en partie à des données d’enquête coûteuses. C’est aussi une façon de soulager les répondants dans les pays très faiblement peuplés. Il convient cependant d’améliorer de façon significative les données administratives pour faire en sorte qu’elles puissent être exploitées. Les ministères de tutelle et les ONS doivent en outre établir des relations étroites et coordonner leurs activités. Il faut en outre prévoir un processus d’intégration de tous les producteurs de données dans le SSN. Il convient de signer des mémorandums d’accord avec les principaux producteurs de données officielles de façon à ce que les ONS bénéficient d’un accès permanent aux bases administratives.
     
  • Adaptation des outils de collecte, de traitement et de diffusion des données aux besoins des PEID. Les recherches visant à définir des méthodes d’enquête plus pratiques et moins coûteuses pour les PEID sont précieuses. Des enquêtes à objectifs multiples et des questionnaires adaptés aux normes et aux systèmes de classification reconnus au niveau international ont par exemple été adoptés par quelques PEID du Pacifique. Cette démarche a abouti à une baisse significative des coûts d’enquête. Une utilisation optimale des technologies de l’information et de communication (TIC) aux fins de la collecte, du traitement et de la diffusion des données peut aussi contribuer à la réduction des coûts. Il est recommandé d’établir des partenariats avec des universités et des établissements de recherche pour identifier et tester les outils statistiques appropriés et adaptés en tant compte des contraintes liées à un faible taux de population et à des budgets serrés. Une utilisation optimale des TIC favoriserait en outre le développement des formations à distance et un processus plus continu. Elle implique une aide des institutions régionales.

Adaptation des exigences internationales au contexte des PEID .

Les exigences relatives au suivi des objectifs internationaux, notamment des ODD, doivent être adaptées aux besoins des PEID et tenir compte de leurs priorités en matière de développement et de leurs capacités d’établissement des rapports. Le processus d’adaptation peut être piloté au niveau régional. Les instances régionales doivent apporter leur soutien aux PEID en collaboration étroite avec le SSN. Il est recommandé aux PEID de définir leur propre processus de suivi et de reporting en tenant compte de leurs priorités nationales en matière de développement, d’une part, et des capacités statistiques de leur SSN, d’autre part, tout en s’alignant sur les ODD et le document de référence intitulé Modalités d’action accélérées des petits États insulaires en développement (Samoa), la Voie à suivre.

Élaboration et mise en œuvre d’outils spécifiques aux PEID pour l’évaluation et le suivi de leur vulnérabilité .

La vulnérabilité des PEID a des dimensions économiques, sociales et environnementales. Il s’agit donc de mettre en place un système d’information spécifique conçu pour la collecte des données, qui permette de mesurer l’impact de la vulnérabilité. Pour le suivi de la vulnérabilité environnementale, par exemple, il convient d’établir un système statistique pour collecter des données sur l’environnement et les ressources naturelles. Ce type de système fait actuellement défaut dans de nombreux PEID. Dans ce cadre, il faut prévoir des systèmes de collecte de données sur la gestion des risques de catastrophe et des déchets, l’adaptation au changement climatique et une consommation énergétique durable. Pour ce qui est de la vulnérabilité économique, les informations requises concernent, entre autre, les problématiques des PEID liées au tourisme, aux exportations et aux importations de biens et services, à la finance et au système bancaire, aux flux migratoires et aux transferts de fonds. Il s’agit également d’établir un cadre statistique pour aider les PEID à assurer le suivi de la pauvreté, des conditions de travail, de la santé, de l’éducation, de la sécurité alimentaire, du niveau de nutrition, des égalités homme-femme et des problématiques d’ordre culturel.

Renforcement des institutions régionales avec un accent sur la coopération en matière de statistiques.

Un certain nombre de PEID, notamment les plus vulnérables et ceux qui sont confrontés aux défis les plus importants, ont besoin d’un soutien permanent à la statistique pour compléter les capacités de leur SSN. Compte tenu de leur petite taille et de leur relatif isolement, une aide extérieure des institutions régionales et internationales est incontournable. Le modèle de coopération régionale mis en œuvre dans le Pacifique et dans les Caraïbes a fait ses preuves pour favoriser le développement statistique dans les PEID. La mise en commun des ressources (p. ex. financements, personnel, techniques et infrastructures) au niveau régional aide à compenser les limites des systèmes statistiques des PEID.

Le rôle des institutions régionales investies d’une mission forte en matière de coopération statistique (SPC, CARICOM et OECS, par exemple) est crucial pour appuyer l’aide aux PEID les plus vulnérables. Il est indispensable que ces institutions bénéficient d’un financement adéquat pour pouvoir continuer à soutenir les PEID qui en ont besoin. La poursuite du financement du travail statistique des institutions régionales suppose un engagement fort des États membres et des partenaires de développement. Un plan d’action concret pour une coopération régionale en matière de statistique et de développement, qui soit conforme aux priorités des PEID dans ce domaine, est un bon instrument de financement. Il doit refléter les besoins des États membres concernant une évaluation et un suivi réguliers des résultats et des préoccupations naissantes. Une partie du renforcement du rôle des institutions régionales dans la coopération statistique concerne également une mise à niveau continue des compétences du personnel chargé de l’assurance technique. Cette mise à niveau doit être spécifiquement axée sur le cadre statistique, les méthodologies et les normes utiles pour les PEID. Il s’agit aussi d’étendre le pool d’experts régionaux destiné à soutenir les SSN des PEID sur demande.

Recommandations relatives à la formulation d’une SNDS pour les PEID

A l’heure actuelle, seule un petit nombre de PEID dispose d’une SNDS, qui sert de cadre à leur développement statistique et s’appuie sur un plan de développement national. La conception et la mise en œuvre efficace d’une SNDS adaptée aux particularités des PEID doivent arriver en tête des priorités dans les politiques de développement formulées pour ces pays. C’est d’autant plus vrai dans le contexte du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Dans les régions du Pacifique et des Caraïbes, l’importance déterminante d’une SNDS pour assurer un développement statistique stratégique dans les PEID est reconnue depuis longtemps. Si les caractéristiques et les capacités des systèmes statistiques varient selon les PEID, la SNDS reste un cadre efficace pour trouver un équilibre entre les priorités et les demandes de statistiques en tenant compte de la taille, des vulnérabilités et des problématiques qui se posent pour soutenir les politiques et les plans nationaux de développement.

  • Renforcer la gouvernance du SSN:
    La crédibilité du système statistique dépend de la qualité des produits et des services qu’il offre et de sa capacité à fournir des données qui répondent aux besoins des utilisateurs et que ces derniers considèrent comme fiables. Les caractéristiques d’un bon système statistique sont l’indépendance, la transparence et l’intégrité. Elles se reflètent généralement dans la législation correspondante. Pour doter un PEID d’un bon système statistique, le mode de gouvernance du SSN en vigueur doit être performant. A cet égard, il convient de réviser et d’actualiser les législations désuètes en matière de statistique, dans la mesure où elles servent de base à l’amélioration et au renforcement du mode de gouvernance du SSN. La région des Caraïbes a intégré ce besoin et a proposé une approche harmonisée et commune de la mise à jour des lois nationales sur la statistique (CARICOM Statistics Model Bill).
  • Adopter une approche programmatique de la planification statistique:
    Un plan d’action annuel des activités statistiques, impliquant tous les producteurs de données et mené en concertation avec les utilisateurs, doit être préparé et budgété à moyen terme (sur 3 à 5 ans). Il s’agit d’une composante essentielle de la SNDS.
  • Promouvoir la diffusion des données :
    La SNDS vise à promouvoir une meilleure diffusion des données, ainsi qu’un accès ouvert et régulier à des informations et à des statistiques à jour. Les programmes prévus par la SNDS doivent comprendre des méthodes d’amélioration de la disponibilité et de l’accessibilité des données pour les utilisateurs, y compris des métadonnées et des microdonnées. L’utilisation des TIC permet une diffusion très large de données aisément accessibles. Il convient d’instaurer une politique de diffusion des données pour chaque SSN.
  • DEntamer un dialogue avec les utilisateurs des données :
    Le processus de formulation d’une SNDS implique une large consultation des utilisateurs de données et des parties prenantes, l’idée étant de faire en sorte que le SSN réponde à leurs besoins. Le processus de consultation est souvent négligé lorsqu’il s’agit de planifications statistiques. Il est nécessaire d’identifier les principaux utilisateurs, qui sont susceptibles d’apporter une contribution significative aux discussions sur les lacunes, la qualité et la disponibilité des données, ainsi que sur les priorités à établir en matière de statistique.
  • Promouvoir le développement des capacités:
    De nombreux PEID ne disposent pas des capacités suffisantes pour produire et diffuser les données attendues par les utilisateurs. La formulation d’une SNDS doit permettre d’établir un diagnostic des capacités existantes, d’identification les lacunes à combler et d’envisager les mesures stratégiques à prendre dans cette optique. Un programme de développement des capacités peut ainsi être défini. Dans le cas des PEID, la mise en œuvre du programme doit être coordonné et encadré au niveau régional pour garantir l’identification de solutions adaptées (p. ex. outils communs et regroupement des ressources). Un autre aspect déterminant est la durabilité du processus de développement des capacités. Le Plan d’action mondial pour les données relatives au développement durable, présenté récemment au Cap, identifie spécifiquement la mobilisation des ressources et la coordination des efforts de renforcement des capacités dans le domaine des statistiques comme une seule et même stratégie.